Chronique de “Splendeur” de Eva D. Serves

Splendeur est ce qu’on pourrait appeler une réécriture du conte de la Belle au Bois Dormant. La Belle était-elle belle ? On vous dira que ça n’a pas la moindre importance. Splendeur ne s’intéresse pas à une histoire d’amour, ni à l’attrait physique d’Aurore pour un prince de passage venu lui délivrer un baiser salvateur. Aurore est une créatrice. La splendeur qui la caractérise se trouve dans son talent divin à la production de mondes virtuels, de rêves grandeur nature – et même plus, probablement. Aurore n’est pas le jouet d’un destin malheureux, scellé à la naissance par une mauvaise fée : elle a choisi son sommeil, elle a choisi de faire vivre son imagination et de quitter le monde réel. Maléfique est là, bien sûr. Maléfique lui fait peur, présence angoissante. Alors, Aurore préfère éviter la fée et jouir de son talent. Mais au bout de cent ans, un doute s’immisce dans la joie prolifique de notre héroïne : qu’a-t-elle fait ? Répand-elle malgré elle le malheur ? Il lui faut mener l’enquête.

Suivre Aurore à ce point crucial de son sommeil, c’est pour Eva D. Serves prendre le lecteur par la main, doucement, et le faire cheminer dans les souvenirs et le présent de cette démiurge endormie. Avec elle, on visite ses mondes qu’elle connaît de fond en comble, et qui nous emmènent bien loin du nôtre pour faire l’expérience du radicalement autre. Avec elle, aussi, nous plongeons dans l’étrangeté de l’enfance : les impressions froissées d’instants qui se perdent avec le temps, et dont il ne nous reste plus que des tintements faibles. Les fées marraines et la peur de leur disparition avec l’âge adulte qui arrive, et la course des parents pour leur sauvegarde. L’hésitation face au don fait par Maléfique (ou serait-ce plutôt… Magnifique?), la conscience qu’il s’agit d’un choix… Et puis ensuite, il faut agir, prendre une décision. Accepter douloureusement la responsabilité.

L’écriture d’Eva D. Serves est enveloppante. Elle procède par petites touches, à la fois légères et très intenses. L’atmosphère qu’elle installe est en demie-teinte : le doute et l’hésitation d’Aurore sont palpables, et pourtant la vie est bien réelle. Dialogues intérieurs et évocations d’instants précis ou d’impressions plus étendues se succèdent et nous mènent sans qu’on y pense à la fin du récit, avec la sensation d’avoir vécu dans l’intimité de l’héroïne, circulant en elle par quantité de rhizomes.

Un voyage que je vous recommande chaudement, bien évidemment, et que vous pouvez faire sans attendre sur Wattpad.

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