Chronique de “Nous qui n’existons pas” de Mélanie Fazi

À paraître fin septembre/début octobre 2018 chez Dystopia.

Mélanie Fazi, la plupart du temps nouvelliste, nous offre ici une non-fiction sous la forme d’un témoignage. Celui-ci fait suite à et déploie le contenu d’un billet de blog rédigé en juin 2017, où l’autrice réalisait un coming out qu’elle présente comme étant peu commun : celui qui consiste à dire que le couple et la sexualité n’ont pour elle pas la résonance qu’il a pour la majorité des gens, et qu’elle ne désire pas y souscrire, par inintérêt, par absence de désir, par bonheur d’être seul.

« Ce n’est pas un choix, c’est une identité profonde » p.59

Le récit de l’autrice dans ce texte est celui de l’acceptation progressive, par à-coups, mais pleine et entière de cette identité. Il est aussi la description de ce que cela fait de vivre cette identité minoritaire, trop peu et mal considérée.

Un mot sur votre chroniqueur : point de vue situé

Je tiens à préciser d’où je parle, pour les besoins de la chronique. Si je m’intéresse aux questions de sexes, de genres et de sexualités, je suis un sujet humain relativement classique de la norme majoritaire contemporaine. Si les normes me sont pénibles et me font parfois souffrir, il me semble que c’est à la mesure d’un éveil personnel d’ordre intellectuel : nous gagnerions tous, c’est mon intime conviction, à sortir de ces schémas rigides et culpabilisant, à nous laisser désirer en paix sans nous demander si on fait bien ou pas, en respectant nos propres besoins.

J’ai, comme beaucoup, ma petite histoire personnelle d’étrangeté aux autres. Comme Mélanie Fazi, la solitude est pour moi une condition sine qua non de mon intégrité personnelle. Sans rentrer dans les détails de ce qui me concerne car il n’est question de moi ici que pour situer ma parole, j’ai toujours estimé, sans trop oser le dire, que le plus important dans la vie ne peut qu’être fait seul. Mélanie Fazi le dit ainsi, p.33 : « Il y a pour moi quantité de moments précieux qui sont, par nature, impossible à partager », formule que je reconnais tout à fait de mon expérience. J’ai toujours mis hors de chez moi et quitté les autres avec soulagement. Je ne goûte rien de plus agréable qu’une promenade nocturne solitaire. La phrase « plus jamais seul » me donne des sueurs froides. La trop grande proximité d’une personne équivaut pour moi à un rapt : je ne peux plus être, on m’a volé à moi-même. J’ai fini par « choisir » mon conjoint en conséquence, car pour citer encore le texte de Mélanie Fazi « À mes yeux, à quoi bon construire une vie, trouver une ville où l’on se sente chez soi, nouer quantité d’amitié, prendre des habitudes, si c’est pour laisser une seule personne venir tout balayer ? » p.36. Passer une journée seul est un délice trop vite terminé.

J’ai reçu à ce propos maints commentaires et conseils. Certains d’entre eux, que j’ai voulu écouter, ont failli me faire crever – mais c’est une autre histoire.

Face à la norme dominante

J’ai lu la centaine de pages de Nous qui n’existons pas sans pouvoir m’en détacher, happé par sa fluidité et l’importance de son propos. Les heures de sommeil que j’ai prises au milieu de ma lecture ont été très étranges, fébriles – j’ai même rêvé que je tournais les pages sur ma tablette, et le geste véritablement effectué m’a réveillé. J’ai senti très directement l’urgence qui avait pu habiter l’autrice lors de son processus de rédaction, l’importance de dire ces mots, enfin.

Je suis habitué à la non-fiction par ma formation philosophique : je lis beaucoup de théorie. Mais toute non-fiction n’est pas théorie. Nous qui n’existons pas n’en est pas, ni non plus un essai. Il s’agit plutôt d’une longue lettre personnelle adressée au lecteur, d’une confidence intime et précieuse qui narre, à fleur de peau mais avec le recul d’une certaine analyse, quelque chose comme une trentaine d’années de vie autour de la question lancinante « ai-je le droit d’être comme je suis, ou bien ai-je un problème à soigner ? »

Il suffit de regarder nos productions culturelles pour nous faire une idée de ce que nous pensons massivement du couple et de la sexualité, qui équivalent dans la manière que nous avons de les présenter à « bonheur et santé ». Le couple vient comme un soulagement, un accomplissement de soi, et la sexualité active comme le témoignage d’une vitalité qui se manifeste et rassure. Les productions culturelles nous construisent. Nous en engloutissons des quantités depuis notre plus jeune âge. Impossible de passer au travers des mailles du filet, d’ignorer que ce qui est sensé nous préoccuper 99 % du temps, c’est l’amour et le sexe. Si c’est en termes de procréation, j’ai du mal à croire que la survie de l’espèce soit en danger, car pas de doute, nous sommes extrêmement bien organisés, au point qu’on ne puisse même plus avoir l’espace disponible en nous pour nous demander si les idées d’amour et de sexe, de reproduction, nous plaisent, si nous sommes d’accord pour participer également.

Ce qui a donc occupé Mélanie Fazi pendant sa trentaine d’années d’adolescence et d’âge adulte, ça a été de se demander pourquoi elle n’était pas comme les autres, si ça n’était pas maladif, et ce qu’il faudrait faire alors pour se rétablir. Pourtant, dit-elle, la réponse était là, d’une écrasante évidence : puisqu’elle n’avait pas envie… Alors c’était que non. On lui a suggéré, elle s’est suggéré qu’il pouvait y avoir là un « blocage », quelque chose qui l’empêchait de faire et même de désirer comme tout le monde. Mais, dit-elle, s’il n’y a rien à bloquer car il n’y a pas de désir en échec de réalisation, alors il ne peut y avoir de blocage.

L’évidence n’a pas suffit.

Communauté et étiquette

Ce qui lui manquait, c’était de savoir. De savoir qu’on n’est pas moins humain pour autant qu’on n’adhère pas à la norme dominante en matière d’appariement sexuel et de compagnonnage. Que l’on peut exister ainsi. Que d’autres existent. Que l’on peut mettre des mots dessus, sans que cela soit pour recevoir en retour un diagnostique et un possible traitement de redressement.

De fil en aiguille, Mélanie Fazi s’est rapprochée des problématiques LGBT+. D’abord par la reconnaissance en elle d’un certain lesbianisme – un lesbianisme « non pratiquant », comme elle le dit. Ensuite par l’exploration des témoignages concernant l’asexualité. Pourtant, si elle défend les étiquettes et leur multiplicité, force est de constater qu’elle ne souhaite s’en donner aucune. Les étiquettes n’ont été pour elle qu’une pratique extérieure, le moyen de comprendre sa propre expérience de l’altérité. Mais au contact des étiquettes, l’altérité se dédouble. Mélanie Fazi se reconnaît partiellement dans le lesbianisme, tout comme elle se reconnaît partiellement dans l’asexualité tels que ceux-ci ont été décrit par d’autres.

Peut-être que, si cette non-fiction n’est pas une théorisation, c’est pour cette raison : parce que l’adéquation entre l’étiquette et sa description sommaire d’un phénomène, et l’expérience vécue en propre est nécessairement insatisfaisante. L’étiquette a une fonction pratique : de reconnaissance de l’existence d’une chose, d’une situation, d’une dynamique (« il y a un mot pour désigner ce que je suis, comment je suis »). Elle permet, également, le regroupement pour l’action publique et politique. L’étiquette aide à définir et à communiquer avec plus d’aisance et de rapidité.

Mais une étiquette porte en elle déjà une autre coercition, à laquelle Mélanie Fazi n’a pas échappé : se reconnaître seulement partiellement dans une étiquette, c’est porter le poids d’un nouveau questionnement, qui est celui de la légitimité à se réclamer de telle ou telle étiquette. Peut-on se dire lesbienne alors que l’on n’a jamais eu et qu’on veut n’avoir jamais d’« expérience » avec avec une femme ? Peut-on se dire asexuelle alors qu’une partie seulement de ce que cela désigne semble correspondre à notre ressenti ? Tel est le paradoxe des étiquettes, que pourtant elle ne désavoue pas ni ne rejette : c’est un besoin que nous avons, pour exister, nous dont il n’est jamais question nulle part qu’en négatif.

Écrire la différence

Ce travail de témoignage que donne Mélanie Fazi est une ouverture. Une ouverture d’elle-même pour elle-même, d’abord : elle s’est dite, et elle a fait le choix ainsi de s’accepter ouvertement telle qu’elle est, telle qu’elle a toujours été. Plus question de se cacher, ni à soi, ni aux autres. Les premiers pas sont pénibles. Il faut, dit-elle, faire le deuil de son ancienne identité, celle qui nous cachait dans une apparente normalité. L’écriture de ce témoignage bientôt publié est une partie du travail, quand bien même il est déjà le résultat d’un long cheminement.

C’est également un écrit précieux pour d’autres, pour ceux qui sont encore cachés, et pour ceux qui ne le sont plus mais n’en sont pas moins minoritaires dans leur différence. À mon moindre niveau de correspondance avec son expérience, lire cet amour de la solitude, cette remise en cause de l’évidence du désir de relations romantiques et sexuelles, a été une véritable émotion. Pourtant, son témoignage n’est pas le premier que j’ai reçu, ni le plus proche de moi. Mais c’est un témoignage important, un de plus, un qui me parle. Ce que j’y ai reconnu de moi, des images que j’aime, ce rapport particulier à la littérature, à l’écriture, à l’imaginaire, m’a parlé très directement. Même s’il est le fruit d’années pénibles et de souffrances, il porte en lui une douceur rassurante. Il marque pour moi une certaine pierre blanche. Il encourage à être. Il encourage à écrire.

Alors que les questions de sexes, de genres, de sexualités sont soulevées de toute part, que l’on aspire et espère bousculer nos lourds paradigmes en les attaquant dans une bataille âpre, le texte de Mélanie Fazi, doux autant qu’amer, m’a paru comme une consolation, un horizon que se dégage. Une parole de plus, et pas des moindres. Une parole qui va aller soutenir bien d’autres dans leurs tentatives d’être et d’exprimer cet être.

La littérature fantastique, et de manière plus générale les littératures de l’imaginaire, accueillent de plus en plus de récits de l’altérité, de la différence en termes de sexes, genres et sexualités. Elles semblent un terrain de choix pour la représentation d’autres récits que ceux de la norme dominante. Mélanie Fazi a cette formule, à la toute fin de son texte, qui me semble édifiante :

« L’ironie veut que le mot « genre », qui définit pourtant ce que j’écris depuis plus de 20 ans, ait pris récemment un double sens pour moi, presque à mon insu. Ce texte écrit pendant l’été 2017, je me suis posé la question de le publier « hors des genres », et j’entendis ce mot se charger de sous-entendus dès que je le prononçais. Le genre, le « mauvais genre », c’est l’histoire de ma vie. Le fantastique et ce qu’il dit entre les lignes de l’étrangeté du monde à mes yeux, les questionnements d’identité qui ont pris une place de plus en plus grande dans mon quotidien. Je ne m’étonne pas vraiment, avec le recul, de m’être trouvée tellement à ma place dans le domaine des genres de l’imaginaire. Là aussi, on sait ce que c’est d’être « à côté », hors d’une certaine vision figée de la « grande littérature », et de ne pas se reconnaître dans l’image que le reste du monde plaque sur nous : adolescent attardés, auteurs ou lecteurs de mauvais romans de gare sans prise avec le réel, et j’en passe. […] Je crois de plus en plus qu’il y a, dans les genres de l’imaginaire, une possibilité de réinventer le monde qui parle à ceux qui se sentent en dehors. » pp.99-100

Plusieurs de ses nouvelles déjà, elle le dit, exprimaient cette différence à un certain niveau de lecture, enfouie sous d’autres significations plus éclatantes (Les sœurs de la Tarasque, par exemple). Perçait aussi, je crois, l’étrangeté à l’histoire contée d’un amour ou d’une sexualité, comme un léger déplacement : celui d’un récit fait sans foi mais s’efforçant à l’exercice.

Je ne peux que souhaiter à l’autrice que cela soit pour elle une annonce programmatique personnelle, que ce témoignage libérateur ne soit que le prélude à une réappropriation de son écriture de fiction. Une fois ces codes envisagés, il est d’autant plus aisé de les briser, de remplacer la vitre transparente et lisse par de beaux vitraux aux couleurs qu’on voudra.

À tous ces autres mondes en devenir, merci.

Fractures : un nouveau roman

Chers lecteurs,

Après plusieurs mois de travail, après un premier jet et une première relecture accompagnée de corrections, me voici avec un roman d’un peu moins de 700 000 signes. Jusqu’à ce matin encore, alors que tout était déjà écrit et repris, il n’avait ni titre, ni résumé dignes de ce nom.

Mais voilà. Il va falloir maintenant passer à l’étape difficile de la bêta-lecture, c’est-à-dire à la lecture type crash test… Si vous êtes volontaires pour ce genre d’exercice, je vous soumets ici un synopsis et une note d’intention. Dans le cas où ces quelques mots vous plaisent et vous donnent envie d’en savoir plus, n’hésitez pas à me contacter par mail : lan@langyalsen.fr

Synopsis :

Andrew, Philippa et Damien sont trois cousins. Ils ont partagé une partie de leur enfance et de leur adolescence et se retrouvent, la trentaine bien passée, pour régler une affaire d’héritage : la « tante Élisa » leur a légué un manoir. Tous trois sont d’accord pour le vendre et en partager l’argent, mais pour ce faire ils devront d’abord en vider le contenu.

« Qui était la tante Élisa ? » est la première question qu’ils se posent. Si, à leur arrivée sur le domaine, celui-ci leur semble tout à fait inconnu, peu à peu les souvenirs reviennent. D’objet en objet, de musique en musique grâce au tourne-disque du grenier, ils parcourent un itinéraire mémoriel inattendu, qui les mènera à bien d’autres questions et à une redécouverte d’eux-mêmes. La sortie de l’enfance, l’adolescence : ces points nodaux de l’existence qui définissent une personnalité, et dont on croit se détacher en devenant adulte, se tendent à eux comme des clefs pour leur vie présente, habitée par le doute.

Note d’intention :

L’origine de ce roman remonte à août 2013, alors que des amies vivant colocation déménageaient. Ma passion pour les déménagements (si, si, c’est possible) m’a amenée à porter une grande partie de leurs affaires. Ce déménagement n’avait pas été très anticipé, ce qui me laissait le champ libre pour ranger, trier, organiser – mais surtout, être surprise de ce qu’on pouvait trouver dans un appartement qui avait été habité seulement deux ans. J’ai beaucoup ri, et en rentrant chez moi, je me suis dit qu’il allait falloir écrire un roman sur un déménagement. La base était posée.

C’était aussi à cette époque que je nageais dans des questionnements existentiels : je venais de terminer ma licence, j’allais commencer un master, et je ne savais pas ce que j’allais bien pouvoir faire de ma vie. J’adore les études. J’adore écrire. Mais il faut bien manger et se loger. Fractures devait être un terrain expérimental pour tous ces futurs dont je ne voulais pas, et leurs liens avec l’enfance et l’adolescence : quel adulte on devient, après quelle enfance – et, peut-être, que fait-on lorsque c’est « trop tard » ? À l’époque, j’en avais déjà liquidé au moins un, et honni deux autres.

J’ai repris l’écriture du roman en septembre 2017, après des années difficiles qui n’ont pas laissé de place à l’écriture. J’avais produit deux chapitres en 2013, et esquissé une progression et des personnages. En plus de quatre ans, ma vie a bien changé. Pourtant les questionnements ouverts alors n’ont pas perdu leur ampleur.

Auto-édition Bilan (2/2)

Chers tous (2/2),

Pour tous ceux qui l’ont manqué, donc, voici la vidéo de l’événement littéraire et musical du 20 décembre, vidéo captée et montée par les meilleurs soins d’Émeline Schrub, qui l’a également publiée sur sa chaîne Youtube.

Le livre est toujours en vente sur Amazon, mais il me reste des exemplaires imprimés pour ceux qui ne souhaitent pas passer par Amazon.

Organiser un événement musical et littéraire

Propulsion et organisation

J’ai eu à peu près deux mois pour organiser cet événement. L’idée a pointé son nez juste après la publication du livre broché : c’est en effet à ce moment qu’on m’a réclamé avec humour (je dis « avec humour » parce que quand cette phrase vient de copains, on sait bien ce que ça veut dire) des exemplaires dédicassés. Au départ je pensais réutiliser un procédé que j’aime bien : donner un lieu et une tranche horaire, m’y déplacer avec une pile de mes romans et un livre à lire, pour attendre que qui le souhaite vienne passer un moment avec moi. Au pire je passe deux heures à lire seule dans un café, ce qui n’est pas désagréable.

Puis je me suis dit que dans un café littéraire on pouvait peut-être organiser un événement sympa, un poil de musique, un peu de blabla sur le roman… Il y avait cependant quelque chose de gênant à cela : cela nécessitait de consommer dans ce lieu pour justifier la présence de chaque personne souhaitant venir d’avoir un accord commercial. Et inviter les gens à consommer et à payer pour me voir causer et acheter mon livre, je me suis dit que c’était assez peu sympathique de ma part. Il me fallait donc offrir un événement où l’entrée serait libre, où l’on pourrait faire autant de musique que l’on voudrait, prendre tout notre temps, se sentir bien. Si nous pouvions avoir cela alors… alors nous atteindrions notre but ! Nous aurions de la musique médiévale, nous pourrions discuter du projet de ce livre, parler de philosophie ! Bref, ça pouvait donner une chouette soirée pour réunir les amis proches et lointains, les curieux, les usagers de l’université et qui sait… Vendre quelques exemplaires du roman.

J’ai à ce moment pensé à l’université de Nanterre (oui parce que l’université de Nanterre est haut lieu de bien-être pour moi, je ne plaisante pas un instant), à laquelle je suis encore inscrite cette année, ce qui me donne quelques avantages. J’ai pu en un mail réserver une très belle salle du bâtiment L, l’espace Reverdy, et c’est ainsi qu’à commencé le grand recrutement des généreux volontaires musicaux. Je dois avouer que ma recherche a connu des hauts et des bas, mais que cependant le manque initial de participants m’a poussée à oser aller en chercher hors de mon cercle de connaissances, et j’ai pu à cette occasion voir à quel point la pratique de la musique médiévale est devenue plus vivace et répandue – constat très réjouissant. J’ai désormais beaucoup d’adresses pour aller écouter de la musique médiévale, moi dont la vie ces dernières années s’est presque intégralement déroulée à l’intérieur des bibliothèques universitaires, laissant le monde tourner dans la plus grande inconscience, pour mieux me concentrer.

Le programme de l’événement ne s’est finalement dessiné que très tard, une à deux semaines avant la date prévue, une bonne partie des participants n’ayant confirmé/annoncé leur présence que très tardivement. L’affiche qui a servi pour la communication de l’événement ne rend absolument pas compte de ce qui a pu finalement se dérouler : l’un des chanteurs n’a finalement pas participé, il n’y a pas eu de lectures de passages du roman, la discussion a été remplacée par une succession d’exposés courts présentant les œuvres qui ont été interprétées, il y a eu des interventions concernant l’ancien français et l’arabe médiéval, mais nous avons quand même eu le temps de causer à la toute fin, autour d’un petit thé et de biscuits faits maison.

Ce qu’il s’est véritablement passé

Je dois dire que ça n’est pas sans appréhension que je suis venue, le 20 décembre au soir, constater par moi-même ce qui pouvait advenir de ce que j’avais soigneusement organisé pendant des semaines. Je serais bien restée cachée sous ma couette à nier le monde, mais voilà, tout était prêt, les gens allaient venir (du moins les intervenants). Il me fallait donc prendre mon assurance à deux mains le temps d’une soirée, et faire semblant de mener correctement ma barque.

Le tout a duré 1h40, soit 20 minutes de plus que prévu, et il a fait très froid, parce que les architectes de l’université de Nanterre. Je vous jure, ils sont une raison à eux seuls, ils n’ont besoin ni de verbe ni de complément d’objet direct pour que l’on comprenne de quoi je parle. Entre la verrière qui fait office de plafond au centre de la salle et les murs il y a 20cm de… vide. Voilà voilà. C’est pour cette raison que sur la vidéo vous pouvez me voir progressivement tenter de tirer le plus de pull possible sur moi à mesure que le temps passe – je crois qu’on ne voit pas quand je me mets en trembler de manière incontrôlée.

En dehors des petites surprises de l’imprévu du minutage, du réglage aléatoire des lumières, de la rareté du public et du froid qui a été conjuré à grand renfort d’eau chaude aux herbes à la fin des hostilités, tout s’est bien passé, parce que j’ai eu plein d’intervenants formidables :

  • Deux chanteurs de la Schola Saint-Grégoire de Paris, Anthoine Scherrer et Charles Huber, spécialisés dans l’exécution du répertoire grégorien, sont venus chanter un Dies Irae et un Salve Regina ;

  • J’ai moi-même fait une petite explication de texte expresse sur l’exergue du roman (qui est une citation de Foucault dans Les Mots et les Choses) que j’ai essayé de rendre intelligible pour le lecteur ;

  • Julia Drobinsky, maître de conférence en littérature médiévale à l’université de Nanterre, a fait une petite introduction à la langue qui aurait du être parlée dans le roman, un certain ancien français, et elle nous a fait entendre un extrait de la Chanson d’Antioche (récit de la première croisade, rédigé en ancien français) ;

  • Mariam Bassaisa, arabophone, nous a lu en réponse un texte arabe du XII siècle : le récit d’Ibn Munqidh issu de ses mémoires, dans lequel il fait état de sa cohabitation avec les Francs (c’est-à-dire les croisés) ;

  • Ismael Saint-Remy a joué deux pièces au oud ;

  • Chloé Houillon et Ismael Saint-Remy nous ont interprété la chanson d’aube Cant voi le jour venir ;

  • Michel Quagliozzi, professeur de flûte-à-bec au CRR de Cergy-Pontoise a interprété le Lai du Chèvrefeuille et une estampie royale ;

  • Chloé Houillon a, pour finir, interprété la chanson populaire La Blanche Biche.

Je ne peux, bien sûr, que vous encourager à profiter de la captation, et ensuite à écouter plein de musique médiévale par vous-mêmes… Cet événement a été pour moi un grand plaisir musical et j’espère qu’il saura vous donner envie sinon de lire le livre, au moins d’aller découvrir ce merveilleux répertoire trop méconnu. L’enregistrement a été fait avec les moyens du bord, c’est-à-dire également l’isolation sonore des fameux architectes de l’université, ainsi qu’un choix de lumières assez pauvre qui nous fait une image sombre et floue.

Mais en dépit de cela je suis heureuse de vous présenter ces œuvres et leurs interprètes d’un soir, à qui tout le crédit de cet événement revient.

Si vous avez des questions sur ce qui est dit dans la vidéo, n’hésitez pas à mes les poser en commentaire : je n’ai pas dit 1/10e de ce que j’aurais pu dire à cette occasion pour vous renseigner sur les œuvres interprétées et le roman, mais je me ferais une joie de le faire plus amplement ici pour ceux qui le souhaitent.

Pour finir sur le thème de l’auto-édition : pour le moment, j’ai l’impression de beaucoup m’agiter pour peu de résultats. Je n’ai aucune idée de la suite des événements en ce qui concerne ce roman que j’ai jusqu’ici tenté de faire lire pour faire vivre ce projet. La communication avancera encore lentement, mais il s’agit d’une activité assez chronophage, et elle me met dans un certain dépit car je n’ai pas grand monde à qui communiquer (actuellement mon compte twitter, ouvert à dessein, me vaut 7 followers dont 4 amis, 2 bots, autant vous dire que je parle seule). Je vais donc probablement passer ce projet un peu en sourdine pour mieux m’occuper d’autres projets, dont un nouveau projet de fiction complètement différent, qui est déjà bien avancé, mais qui a besoin de quelques semaines en caisson d’isolation pour être achevé ne serait-ce que dans un premier jet. D’ici-là, musique littérature sur vous, avec beaucoup de thé et des biscuits.

Auto-édition bilan (1/2)

Chers tous (1/2),

Il y a quelques semaines je vous annonçais la tenue, le 20 décembre 2017, à l’université de Nanterre d’un événement autour du roman De Auditu. Cela faisait suite à un travail conjoint d’auto-édition, ayant abouti à une publication via Amazon, sous format numérique puis sous format broché, ainsi qu’à un format broché spécial, imprimé à 60 exemplaires, devant être distribué et commercialisé progressivement par mes soins.

Il est à présent temps de tirer le bilan de ces quelques mois d’auto-entreprenariat ainsi que de l’organisation de cet événement (voir article suivant sur ce point).

L’auto-édition : rapport d’étape n°1

Tristesse et solitude du format numérique

Premier constat : l’auto-édition sans fanbase est un enfer. Ayant récemment quitté facebook et ma maigre communauté amicale, autant vous dire que je m’étais dès ce moment-là tiré une sérieuse balle dans le pied. La communication et l’organisation passe indéniablement par ce réseau social. Donc, en ce qui concerne la communication de masse, c’était foutu pour moi – ceci dit, il est fort probable que même en ayant gardé le biais de facebook, je n’aie pas été beaucoup plus loin, n’étant ce qu’on appelle “populaire”. Lancer mes alertes par mail, même à mes proches, a été en grande part l’équivalent de bouteilles à la mer. Quand, donc le premier pas a été franchi, et le format numérique présent sur Amazon, j’ai eu l’honneur d’assister à un non-événement. J’ai vendu. En un mois. Deux livres.

Pourtant le format numérique a de grands avantages en terme de promotion et de vente : il est moins cher, et donner des exemplaires “de presse” n’engage pas le moindre frais, se fait à la vitesse de l’éclair (enfin à la vitesse de la connexion internet, quoi). J’ai contacté des blogs des booktubeurs, des youtubeurs, des revues et journaux, j’ai fait mon petit speech, offert de faire parvenir un fichier epub gratuit… J’ai enchaîné les “merci mais j’ai trop de livres à lire”, “merci mais non merci” et les non-réponses. Et je comprends, finalement : moi aussi j’ai des tonnes de “vrais” livres que j’ai envie de lire, pas le temps de le faire, alors si on m’offrait un obscur bouquin sur un thème que je vois pas trop où elle veut en venir la dame, eh bien je ne me répondrais pas à moi-même.

Suprise merveilleuse néanmoins : la youtubeuse Scherzando, qui fait des chouettes vidéos de vulgarisation sur l’histoire de la musique m’a répondu, lu, et rien que ça c’était déjà superbe au regard de l’océan de rien dans lequel je m’étais habituée à nager. Nouvelle preuve que ce sont surtout les avertis qui sont susceptibles d’apprécier ce livre (la dernière avertie en question étant une amie de longue date, doctorante en histoire de l’art, médiéviste : je vous laisse imaginer le nombre de lecteurs potentiels que ça me promet si on enlève les 3/4 qui risquent de se trouver à juste titre froissés parce que la rigueur scientifique n’y est pas, pour la bonne raison que je ne suis pas spécialiste).

Courte éclaircie pour le format broché

Le schéma s’est répété presque à l’identique quelques semaines plus tard, quand nous avons finalisé la version papier pour Amazon. J’ai fait plus de ventes, assurément : les rares personnes qui constituent mes contacts sont attachés au papier et complètement étrangers à la pratique du numérique. Je ne leur lance pas la pierre, moi qui ne m’y met que très progressivement, en variant en fonction des besoins suscités par telle ou telle lecture (lire un ouvrage scientifique en format numérique devrait être pour moi rajouté aux sept plaies d’Egypte ; en revanche lire un roman en numérique est tout à fait concevable : on va d’un point A à un point B sans retour, anticipation, ni survol, donc tout se passe bien). J’ajouterais que le thème du roman n’attire pas le type de consommateurs qui pratiquent le format numérique, c’est-à-dire les jeunes et les non-universitaires. J’ai donc vendu un peu de papier, mais encore beaucoup moins, même, que ce que j’ai pu recevoir personnellement comme réponses favorables à cette publication.

Ironie de la chose, mon partenaire, qui a fait le travail d’éditeur, a probablement suscité plus de ventes que moi auprès de ses collègues et divers contacts, par le simple fait d’avoir rédigé un article de blog technique sur l’auto-édition via des logiciels libres. On remerciera donc les informaticiens pour leur esprit de corps qui s’est par hasard étendu à mon travail.

L’épisode libraire en attente mais mal engagé

J’ai cependant poursuivi ma démarche comme je l’avais entendu : nous avons préparé un autre format broché, pour un autre imprimeur, et j’ai commandé les fameux 60 exemplaires (cher). Je comptais me déplacer en librairie, même si j’avais été avertie par un ancien libraire que les libraires se refusaient presque systématiquement à cet exercice, à cause de la faillibilité des auto-éditeurs à s’occuper de leur stock – et tout un chacun sait à quel point être libraire indépendant c’est difficile et épuisant, donc s’ajouter en plus du boulot habituel du cas part cas pour les auteurs, je comprends bien que l’on ne souhaite pas y souscrire. Jusqu’à présent, je me suis déplacée une fois, dans une librairie, et la réponse a été celle anticipée : non. Un exemplaire du roman est donc en pension dans ladite librairie, quelque part dans l’arrière boutique, et risque fort de ne rentrer à la maison que pour aller faire un tour chez un autre libraire…

~ Allégorie de mon cheminement dans l’auto-édition ~

 

Quoiqu’il en soit, j’ai remis à plus tard mon travail de tentative de vente en librairie, espérant gagner un petit public de lecteurs divers par l’organisation d’un événement musical et littéraire. Ou au moins motiver quelques copains supplémentaires pour me lire… La suite dans le prochain article!

Événement littéraire et musical le 20 décembre 2017

Votre hôte a le plaisir de vous inviter pour un événement musical et littéraire autour de son roman De Auditu,  le 20 décembre 2017 à 19h, à l’université de Nanterre, bâtiment L, espace Reverdy – entrée libre.

Pour des raisons d’ordre pratique merci de bien vouloir autant que possible vous inscrire sur ce DOODLE pour m’avertir de votre présence.

Pendant une petite heure, j’aurai le plaisir de vous présenter mon travail d’écriture : en vous en lisant quelques extraits de mon texte, en expliquant la démarche que j’ai adoptée pour concevoir et écrire De Auditu. Il sera donc question de philosophie médiévale, d’appréhension contemporaine de la pensée médiévale, d’anthropologie, de procédés d’écriture romanesque, de perception sensorielles, etc.

Mais, je vous rassure, on ne fera pas que parler. Je conçois en effet cet événement comme étant un des aboutissements les plus désirables de mon travail d’écriture en ce qu’il vous permettra d’écouter de la musique médiévale :  celle que le héros du roman aurait pu entendre dans l’orléanais du XIIIe siècle. J’aurais donc la chance d’être accompagnée par quelques musiciens et chanteurs : Michel Quagliozzi (flûte à bec), Ismael Saint-Remy (oud), Chloé Houillon et Adrien Stadler (chant). Nous travaillons actuellement à vous proposer un petit itinéraire sonore médiéval, en introduction aux instruments et oeuvres de cette époque.

Le roman sera exceptionnellement en vente sur place, à l’occasion d’un tirage à compte d’auteur. Le prix est le même que sur amazon : 9,50 euro, et si vous souhaitez en faire l’acquisition nous vous prions de penser à vous munir de liquidités et petite monnaie.

Vous seront également proposés du thé et des biscuits faits maison – car on ne ménage pas sa peine pour vous accueillir – et un moment convivial d’échange et de discussion.